Crédits Photo : Flickr, Wojtkowiak
C’est l’une des scènes qui m’ont toujours marqué en étant une personne qui passe sa vie dans une médina marocaine. Des scènes dramatiques qui se passent et se défassent devant le regard des passants, un truc qui montre la munstérite de la dépendance et ce regard honteux qu’on l’on peut lire sur les visages des personnes en attente d’être délivrés par le mal. Dans ce sens je peux dire que tout cela n’est pas si nouveau, c’est le cas dans les quartiers où il est plus facile d’avoir sa dose journalière de hachisch que d’avoir un calment pour son mal de dents. Les codes et les uses font que la personne dépendante, même quand il est le roi des bagarreurs ; dans ce cas de figures il se montre docile comme un mouton qui attend son tour a la battoire. C’est atroce d’avoir une dépendance, c’est qu’on perd de sa personne et de sa fierté. Les visages, les personnes de tous les tranches d’âges affluent comme dans une soirée de pèlerinage vers un lieu sacré de la gonja.
Sans parler du jeune âge des consommateurs, il se trouve que le mal est déjà en train de toucher des enfants. Voir un gamin de 14ans en train d’attendre son tour pour en avoir de quoi apaiser ce titillement dans la tête, ce sentiment d’aventure quand on va chercher sa tranche de shit…. Tout cela me fait gerber, je ne cherche même pas a vouloir comprendre car c’est une chose qui me fait mal au cœur. Je passe chaque jour, je scrute les visages et je me lance dans un exercice moche !! Chercher a savoir le mystère de cette personne ou de l’autre, sa raison selon laquelle il a un jour vendu son âme au diable et pour une éphémère sensation de bonheur. Le diable se cache entre deux joints, entre deux cigarettes magiques et c’est fâcheusement le cas pour toutes les dépendances.
Le coup d’envoi de ce va et vient est rythmé par une horloge intérieur propre a chacun des clients ; dans cette petite rue le séance se déclenche une fois que la nuit place son voile noir sur la médina. Le spectacle est digne d’une pièce de théâtre mimique. On se parle plus, on discute plus mais on murmure des mots et on se lance des regards approbateurs ou simplement pour dire : Oui, moi aussi j’attends la Gonja. Je suis toujours surpris quant a cette disposition à prendre cette file d’attente imaginaire sans bruit, cette facilité selon laquelle on se lance plus des insultes car monsieur lui a piqué sa place….Non finit tout cela car on est des gens civilisés quand la dépendance et la peur fait de nous des moutons. Les codes et les uses ont fait que pour avoir sa dose on a appris à garder le silence et ne pas faire de bruit et pour pas que le vendeur se fâche et plie bagages. J’ai toujours trouvé ce silence d’une grande finesse artistique, cette disposition à être docile et a se parler avec des signes ne peut être obtenu facilement dans d’autres circonstances.
Quand untel obtient sa dose il la cache méticuleusement entre les pliés d’une chemise ou d’une veste, question de sécurité j’imagine. Je les vois en train de fuir le regard des passants, ne veulent plus être connus comme personne dépendante de cette substance honteuse mais bien délicieuse. Je les vois tête baissé regardant ailleurs et j’imagine déjà qu’ils sont dans leurs rêves et calculent déjà combien de cigarettes magiques contiendra ce beau morceau de chocolat. De l’autre coté le vendeur qui dans son air de multirécidiviste amasseur de billets de vingt dirhams d’une façon qui montre un manque de dextérité scrute lui aussi les lieux a la recherche de cette personne qui devait pas être là !! La vie d’un vendeur de zetla au détail n’est pas si rose à raconter. J’en ai connus pas mal qui une fois la force de l’âge les assommés bouclent le cycle de la vie soit par être tué ou par pendre la veste d’un ztayli et devenir le plus pieux des personnes. Ils sont de moins en moins jeunes, le métier est trop risqué et ça ne fait pas gagner que des ennuis comme en témoigne cet air d’anciens meurtris par les années de prison.







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